top of page

We made Fats Waller (& others) from memory

Avant Hunger Games from memory, il y avait Michel Gondry. Qui n’a jamais eu l’envie de recréer les scènes cultes de ses films préférés ? De SOS Fantômes à Rush Hour 2 en passant par 2001 : L’odyssée de l’espace et Carrie, au bal du diable, Michel Gondry revisite et rend hommage au cinéma dans un film haut en couleur et plein d’imagination : Soyez sympas, rembobinez


Yasiin Bei et Jack Black dans Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry, 2008)
Yasiin Bei et Jack Black dans Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry, 2008)

L’histoire est simple : une petite boutique de VHS est sur le point de mettre la clef sous la porte. Mike (Yasiin Bei) et Jerry (Jack Black) se retrouvent à devoir gérer le petit commerce eux-mêmes, le patron étant parti quelques jours. Entre temps, Jerry entraîne son ami dans de multiples péripéties, qui lui valent de devoir re-tourner intégralement les films proposés à la location… de mémoire et avec un budget inexistant : ce qu’ils surnomment le “suédage”.


L’imagination de Michel Gondry est sans limite. Alors que l’on pourrait penser que les personnages se contenteraient simplement de reproduire les films, ils sont en train de créer des toutes nouvelles versions. L’attention portée aux détails des films passe notamment dans la mise en scène des effets spéciaux, qui regorge d’inventivité : des guirlandes de Noël pour imiter les rayons plasma des Ghostbusters, des pizzas derrière la tête pour figurer une flaque de sang… La minutie du réalisateur ne passe pas inaperçue et nous rappelle que le cinéma ne se limite pas à une caméra et un récit, mais à toute une création dans les décors, la mise en scène, les lumières, les costumes, les maquillages… Le cinéma est un art colaboratif. 


Et cette idée se retrouve également dans la réalisation du film de Gondry lui-même : de nombreux habitants de Passaic, où se déroule l’histoire, ont été engagés comme figurants. Le film se veut à la fois une ode au cinéma et à sa créativité, mais également à Fats Waller, pianiste de jazz noir des années 30. Mike, Jerry et Alma (qui rejoint leur équipe de tournage en cours de route, interprétée par Melonie Diaz) vont réaliser un documentaire, entre fiction et réalité sur le musicien. Ils vont “suéder” son histoire et son héritage, les habitants de Passaic y contribuant chacun. 

Les récits sont ceux d’hommes noirs, tant pour Fats Waller que pour les gérants de la boutique. Les personnages blancs sont relégués au second plan, inversant les stéréotypes raciaux, notamment celui du “black best friend”, très présent dans les années 90. Ici, le meilleur ami rigolo c’est Jack Black, qui remplit à la perfection son rôle. Donner un rôle principal à un acteur noir sur un film qui parle du cinéma, ce n’est pas anecdotique. Malgré quelques débats dans la communauté historienne, nombreux sont ceux qui considèrent le premier “acteur” de cinéma, l’homme à cheval, de la séquence animées de photographies de Muybridge (référencée dans Nope, de Jordan Peele, 2022). Alors, le film de Gondry pousse encore plus loin dans l’autoréférentialité. L’attention portée aux détails n’est pas seulement visible à l’écran, elle est présente de la conception à la production du film. 


Malgré les séquences de suédage qui font sourire, le film reste ancré dans la réalité de son époque. Sorti en 2008, il reflète les anxiétés de l’époque et des crises économiques qui traversent le monde. C’est également l’arrivée des DVD, qui viennent transformer notre mode de consommation des films. Finalement, Soyez sympas, rembobinez fait écho à 2026 : entre inflations et streaming. Les DVD sont eux-mêmes remplacés par la dématérialisation, et moins de 20 ans après la sortie du film. 


Les couleurs sont vives et chaleureuses, ce qui ne fait que confirmer que le “ Netflix lighting” (ou “lumière Netflix” en français) sont en train de ternir les productions actuelles, qui deviennent fades (cf : la bande-annonce du Diable s’habille en Prada 2). Elles agissent comme une nostalgie amère, qui ne cesse de nous ramener au passé, parfois romantisé, un peu suédé. 

Le film reste une parenthèse d’évasion, un peu de légèreté avant le retour à la réalité. 



Commentaires


see you in theaters !
Audrey Tautou dans "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain"

© It Is Clueless. Tous droits réservés.

bottom of page