Des preuves d’amour : Thelma et Louise attendent un bébé
- Marine

- 5 déc. 2025
- 4 min de lecture
En cette saison des fêtes, Alice Douard nous fait cadeau en avance d’une merveilleuse rom-com politique remplie de douceur. Présenté à la semaine de la critique du Festival de Cannes 2025, ce premier long-métrage explore la question de la parentalité d'un couple de femmes pionnières dans la lutte pour le mariage pour tous.
Un an après l’adoption de la loi Taubira pour le mariage pour toutes et tous, adoptée en mai 2013, Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Monia Chokri) attendent leur premier enfant conçu par PMA au Danemark, car encore proscrite en France. C’est Nadia qui porte l’enfant, tandis que Céline, sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, cherche sa place et sa légitimité.
Des preuves d’amour souffle un vent de fraîcheur sur le cinéma français, dans un contexte où la part de femmes réalisatrices en France est au plus bas depuis cinq ans, selon des chiffres dévoilés par le CNC. En 2024, seules 24,2% des réalisations françaises ont été signées par des femmes.
Faire face à l’enfer du système :
Bien que le film se déroule un an après l’adoption de la loi Taubira, en 2014, les femmes lesbiennes rencontrent encore de nombreux problèmes concernant leurs accès à la maternité, et à l’adoption. La PMA (procréation médicalement assistée) n’est légalisée en France qu’en septembre 2021. Pour avoir le statut de mère auprès de son enfant porté par Nadia, Céline doit avoir recours à une procédure d’adoption. En plus d’être un procédé long et très coûteux - nécessitant aux deux femmes d'être mariées, et de fournir quinze lettres de leur entourage prouvant que Céline sera “apte” à élever et aimer son propre enfant. Pourtant, la réalisatrice nous fait vite comprendre que Céline n’a pas besoin de preuves pour convaincre qu’elle sera une bonne mère, et le film prend une toute autre direction. Alice Douard dénonce l’enfer administratif qui noie les femmes lesbiennes et, par conséquent, les dissuade d’adopter un enfant.
En plus de cette galère, les deux femmes doivent essuyer la maladresse des gens autour d’elles. Par exemple lors d’une visite chez un médecin débutant et maladroit, qui enchaîne gaffe sur gaffe, et se confond en excuses. Ou encore le dîner chez la famille de Nadia, où les deux femmes subissent des réflexions homophobes, toutes plus blessantes les unes que les autres. “Mais qui sera le père ?”, “Comment vous avez fait ?”, ou encore cette pépite “Ce n’est pas intuitif d’imaginer ma fille coucher avec une femme”. Des remarques que l’on ne dirait jamais, au grand jamais, à un couple hétérosexuel. Alors pour s’entraîner, Céline fait du baby-sitting, se renseigne chez des amis et rencontre leurs deux insupportables filles.
Deux jeunes mamans :
Ella Rumpf confirme qu’elle est une des révélations de 2025. Avec Monia Chokri, elles forment un couple d'une douceur incomparable. Un duo d’actrices très différentes mais complémentaires, l’une très solaire et infirmière, l’autre nocturne, ingénieure du son et DJ dans des clubs la nuit.
Le film montre le quotidien, où un écart se creuse peu à peu entre les deux femmes. Le bébé n’est pas encore là, mais prend déjà beaucoup de place. Nadia se transforme, fatigue, prend du poids, reste à la maison. Tandis que Céline se demande quel est son rôle. Pourtant, elles s'aiment passionnément. Elles continuent à sortir, à danser, à s’embrasser, à gifler les homophobes. Ponctué de scènes d’intimités sincères, on échappe à cet hyper-romanisation ou hyper-sexualisation des relations lesbiennes. Alice Douard capte l’amour partout, dans les plus petits gestes, comme lorsque Nadia, en manque de nicotine, demande à Céline de lui souffler la fumée de sa cigarette sur son visage.
“Ce soir, on sort !”, et les deux femmes se retrouvent enlacées en boîte de nuit. Nadia doit accoucher dans trois mois, mais cela ne l’empêche pas de se coller à Céline sur You and me de Plume, sous les lumières fluorescentes. En résulte l’une des plus belles scènes de boîte de nuit qui nous émeut aux larmes. Le film déconstruit les stéréotypes et les tabous sur les femmes enceintes, et par conséquent, les en libère.
Qu'est une bonne mère ?
La musique est au centre de la vie des personnages, que ce soit celui de Céline, ou de sa mère (Noémie Lvovsky), célèbre pianiste parcourant le monde pour se produire. Mère qui a été absente et négligente. A la fin, lors du concert de la maman de Céline, on entend la lettre qu'elle a accepté de lui écrire pour l'adoption de sa fille.
Être parent, ça ne s’improvise pas. Tout le monde est dans le même bateau et personne ne sait manier le gouvernail. Finalement Céline, n’est pas si différente des autres, ce que prouve la scène de répétition de l’accouchement dans une maternité, où un futur papa, joué par Félix Kysyl, tombe dans les pommes. Il confie ses angoisses plus tard à Céline, angoisses qu'elle partage aussi, effaçant presque les différences entre papa et maman.
Plus largement, Alice Douard montre que n’importe quelle personne désirant un enfant est légitime et n’a pas besoin de signer un papier pour le prouver. Comme le dirait le poète Pierre Reverdy “Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour”. Il ne nous reste qu'à remercier la jeune réalisatrice ALice Douard est un très beau film, sans prétention et qui traite d'un sujet nécessaire et important, peu vu au cinéma.
Des preuves d’amour, Alice Douard (Tandem, 1h37), en salles depuis le 19 novembre 2025.








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